mardi 17 octobre 2017

Et un jour...

Et un jour, ta main dans la mienne, nous serons invincibles.

Nous irons défier le monde, et nous regarderons , la tête haute, le chemin que nous aurons parcouru.
Nous irons défier le passé, avec ses blessures, et ses souvenirs, et nous irons defier le futur, avec ses promesses et ses doutes.

Et un jour, je serai ta maman... et, ta main dans la mienne, nous ouvrirons les yeux sur un monde nouveau.
un monde où nous aurons appris l' un de l' autre.
Un monde où petit a petit j' aurais su t 'apprendre le don d' amour, et non l' a ban don.
un monde ou petit a petit, tu auras su me rassurer sur la femme que je suis, mes convictions, mon désir de mère.

Et  un jour, tu seras là, dans chaque fibre de mon cœur, de mon corps. Et je serai, enfin, entière.

Et un jour, tu comprendras....  que je suis déjà mère, mais... il me manque toi.
Pour boucler la boucle, pour être Entière, pour que l' Histoire débute vraiment.
Parce que, même si je n' ai que deux mains, mon cœur a de la place pour 3. Et ton frère et ta sœur, ne comblent pas ta place. Mon coeur est plein aux 2/3.
Et  un jour, je serai"pleine". De vous.
Mes enfants.


Et un jour, ta main dans la mienne, nous serons invincibles.
La culture, la langue, le jugement, la peur, rien n' aura plus vraiment d 'importance. Nous trouverons les solutions, avant même que se posent les problèmes.
Je suis confiante.
Parce que je crois sincèrement que tout  ira pour le mieux. Et que tout sera fait pour le mieux.
Pour toi, pour ton frère, pour ta sœur, pour nous.
Parce que toi, ton frère et ta sœur, et nous, tes parents... nous serons un. Une famille... enfin au complet.
Et que, un jour, ta main dans la mienne, nous irons défier le monde entier.


mardi 3 octobre 2017

L'espoir qui perd pied

Je pensais que je gérais...
L' attente, la projection,
L' échéance...

Je pensai que ça irai,
Que le fait de lire des témoignages, que de les entendre, et de les comprendre, me faciliterai mon aventure.

Je pensai vraiment, sincèrement, que ça irai.
T' inquiètes je gère.
J' ai des objectifs à court terme. Ça fait du bien au moral.
J' ai des coupures, du partage, du réseau social adoptant.
T inquiètes je vais gérer.

Et puis voila.
Je perd pied.
Plus d 'objectifs à court terme,
Plus de sensation d 'être actif.
Ça y est.
L' attente, longue, dure, solitaire,
Les questions, longues, dures, solitaires, pragmatiques.
La solitude, dans la l' attente.
La peine à se projeter, parce qu' il n' y a plus d 'objectif palpable, maintenant c est le coup de téléphone, mais je ne sais ni quand, ni ou. Pas d écheance notée sur un calpin.
L' espoir d 'une personne positive qui se transforme en désespoir d 'une personne impuissante.
Le sentiment de l' incompréhension, qui se referme petit à petit, sur chacun des pores de ma peau.
La présence de ton mari, de tes amis, de ceux que tu croises, qui n' arrivent pas à te rassurer, ou du moins à te faire comprendre qu' il faut lâcher prise.

Mais avant de lâcher prise, faut il savoir a quoi on prend prise...
Je me suis raccrochée à du vent. A des promesses, à des bouts de papiers.
Je me suis raccrochée à des personnes inconnues,
J' ai cru en leur bienveillance.

Mais la bienveillance, ma pomme, ça n' existe pas vraiment dans ce monde là. Même si l' intention y est, personne n' est dans ta peau, ton cerveau. Toi seule vis ton aventure.
Mais les promesses, ma pomme, ce ne sont que des mots, qui s 'envolent.
Mais ce que tu entend la bas, ma pomme, ton cerveau n 'en fait que ce qu' il veux.
Mais les gens que tu croise la bas, ma pomme, ils ne sont pas positifs, ou plein d' espoir, comme toi. Ils se protègent souvent par l' idée du pire, c 'est leur fonctionnement. Et que ça te détruise à toi ce fonctionnement, ce n' est pas leur faute.
Mais ton aventure, ma pomme, elle est totalement subjective, personne d 'autre que toi ne la vivra comme toi.

Et je perd pied...
Parce que mon positivisme s 'est émoussé, parce que je ne sais plus quoi croire, qui croire,
Parce que je n' arrive plus à me projeter, parce que j 'ai perdu mon espoir.

Parce que mon cerveau n' arrive pas à intégrer,  à visualiser, à projeter plus loin.

Parce que ma résilience a des limites.
Parce que ma résilience fonctionnait tant que j' avais un sentiment de contrôle, même illusoire.
Je n' ai plus de contrôle, et le peu que je pensai avoir, je ne l' ai plus.

Lâche prise ma pomme.
Décroches toi, et profites.

Mais comment pourrais je décrocher? mais comment pourrais je lâcher prise quand toutes ces annees ont été si pleines de luttes?
Mais comment faire confiance? garder espoir? y croire? quand rien, non, RIEN ne me raccroche a la réalité de mon projet?
Profiter? mais de quoi? de mes enfants? mais je profites déjà d' eux. " De faire du ménage"... pendant 1 an je ne devrai pas lâcher mon aspi? " De peaufiner", de peaufiner quoi?

Je ne sais rien, je ne saurai rien, je n' entend rien, je ne dis rien, je ne fais rien, je ne projette plus rien,
C 'est comme si, d 'un coup, ça n' existait plus.
C 'est comme si j' avais reçu un aller/retour sur mes joues.
Je sais bien que ça existe, mais je dois le laisser "non exister" pour une période que je ne sais pas si elle sera longue ou courte. Il faudrait que je me dise qu' elle sera longue, me calquer sur le fonctionnement de ceux qui arrivent a se projeter si loin... Mais je ne peux pas. Ce n' est pas moi. Moi mon projet, ma vie, elle tourne autour de l' espoir.

Ma prunelle qui me dit " tu te sens dépossedée".
Voila.
C 'est ça,
Depossedee parce que le fait de devoir lâcher prise, ça me dépossède de mon projet, de mon enfant, de mon espoir.

voila...

Il ne me reste qu' à me dire que chaque matin que je verrai se lever sera un matin de moins à t' attendre.
Il ne me reste qu' à me dire qu' il y a un an, je ne savais même pas que tu serais au bout du chemin.
Il ne me reste qu' à me dire que même si je ne vois pas le bout du chemin, il sera un jour derrière un virage.
Et, en attendant, il faut que je continue marcher. Même si la route me parait si longue, si solitaire...


... Pas si facile...


vendredi 22 septembre 2017

L' enfant, le pére et la dignité...

Au détour de mon blog, je tombe sur des articles, non publiés,ecrits il y a des mois...
 et j' ai choisi aujourd’hui de vous en publier un:



Cela va faire une semaine maintenant,que je m' applique a mettre un mouchoir sur cette question, que je me force presque a mettre la question de coté... non, j' y reflechirai plus tard, non ce n' est pas important, j' ai vécu jusqu' a maintenant sans problème avec ca... une semaine de plus ou de moins, ce n' est pas grave!
Et puis, je me dit, non mais quand même, si tu as démarré cette démarche, de sortir ce que tu as de plus profond là, au creux du ventre, si tu as décidé de découvrir les mouchoir que tu as gentiment superposé sur tes plaies intérieures, ce n' était pas juste pour regarder comment elles se trouvaient, mais peut etre pour essayer de les guérir... ou du moins essayer de les guérir.
Alors voila, je prend mon ordinateur ce soir, les enfants et le mari calés devant la tele, me voici là afin d' essayer de demeler la reponse que j' ai donné à cette dame, inconnue, qui m' a posé une question qui, comme un coup de tonnerre dans ma paix intérieure, m' a coupé le souffle, et mis un océan de larmes à mes yeux.

Et vous? qu' en est il de votre dignité face à votre père?

Premier mot, qui me saute au visage, qui se forme dans mon cerveau: AUCUNE.

Son sourcil se hausse, son oeil est interrogatif, elle ne comprend pas.
Alors je doute, de quoi aucune? pourquoi se mot est sorti sans réfléchir? j' essaie de m' expliquer, Mais je vois bien que je me noie dans cette réponse. Peut être que la dignité n' est pas ce que je pense. Ai je une bonne définition de ce mot?

Alors voila la dignité c est quoi?
Pour le larousse, c 'est
 "1.Respect que mérite quelqu'un ou quelque chose : Ces sévices sont une atteinte à la dignité d'un être humain.
2.Attitude empreinte de réserve, de gravité, inspirée par la noblesse des sentiments ou par le désir de respectabilité ; sentiment que quelqu'un a de sa valeur : Refuser par dignité de répondre à des insultes par des insultes."

Pour moi la dignité ne se définissait pas, c 'était un état. Quand je disai que je n' avais aucune dignité face a mon pere, et plus généralement face a mes parents, je me voyais comme un enfant, dans sa plus grande humilité face a ses parents. Ceux qui lui ont donné la vie, et ceux qui l' on crée, un enfant qui doit sa vie a 2 autres êtres humains.

Aucune dignité face a mes parents, moi, nue comme un vers, dans mon esprit et physiquement. Et mes parents face a moi. Et, non, aucune dignité, mais je n' en souffre pas. Parce que pour moi, les parents ont un regard bienveillants sur leurs enfants, aucune lutte, aucun moment de doute, et l dignité ne se joue pas, pour moi, dans les relations enfants / parents.
Et a coté de ca, justement ils m' ont crée, dans mon plus simple appareil, et l' humilité d' etre leur enfant justifie t elle que je ne pretende pas a un minimum de  bientraitance? que je ne me rebelle pas contre l' irrespect?

Ma soeur a des souvenirs que je n' ai pas. Elle m' avoue que je n' ai jamais eu droit a de la dignité de la part de mon pere. Une maltraitance verbale et physique averee.
J' ai mis un mouchoir bien plus epais sur cette abscence de dignité.
Je sais que je n' ai pas vecu dans un monde rose couleur barbe a papa. Mais je ne me souviens pas avoir ete transformée en serpillere.
Ne me reste que ce mot, AUCUNE, a la question qu' elle m' a posé il y a une semaine...
Ne me reste que ce mot AUCUNE... qui ressort des trefonds de mon cerveau, de mon sunconscient surement, de mes plaies psychologiques enfouies bien profondements.
Ne me restent que ces mots, couchés aujourdhui sur mon clavier, et cette volonté de comprendre pourquoi je n' arrive pas concevoir de lever le poing devant mes parents en ce qui concerne le respect qu' ils me doivent, en tant qu' etre humain, en tant que leur fille.
L' une des premières images qui me sont venues a l' esprit alors que j' essayer de demeler cette épineuse question, étaient dans un hopital, moi, allongée, nue, mal en point, tabassée, malade, mourante. Et mes parents, ne regardant pas ce physique, ne regardant pas le mauvais, mais ne voyant que le bien de ma personne.
Mes parents dans un regard bienveillant, de parents, de deux personnes qui ont donné la vie.
Et aucune lutte, et moi, n' etant pas génée par la nudité, par le tabassage, par la maladie. Moi, sachant que les deux personnes se tenant devant moi ne voyait que moi. Et pas le reste.
S' agit t il de dignité? d' humilité? de confiance aveugle? de pudeur? de reve?
En visualisant ces images, ne serais je pas en train de mettre une image sur une realité qui serait bien différente. Un reve éveillé? ces images ne seraient t elle pas un nouveau mouchoir que j' essaie de mettre sur une cicatrice bien réelle elle. Je m' invente un reve, une image de paix, et de respect de la part de mon pere envers ce que je suis a l' origine, son enfant.
Mais je le sais bien, jamais cette situation de ne se presentera, celle ou mon pere me regarderait avec une bienveillance a l' epreuve de tout. Une bienveillance inconditionnelle. Depuis que je suis sortie du ventre me mere, j' ai toujours du lutter pour dignité. J' ai du lutter pour rester debout. Sans arret, et surtout face à lui.

Alors, il serait peut être temps pour moi de voir les choses en face, oui, je n' ai aucune dignité face a mon pere. Mais pas pour les memes raisons que je voulais évoquer au début.
Je n' ai aucune dignité face a mon pere, parce qu' il la pietinné consciensieusement depuis ma naissance à aujourdhui. Par les mots, par la negligeance, par l' abscence, par l' ignorance.

La question qui se pose maintenant; suis je prete à lutter pour récupérer ma dignite vis a vis de mon pere?
Honnetement, non, je n' ai pas envie de le faire.
Je n' ai pas envie d aller au combat.
Je n' ai pas envie de lutter pour sauver une dignité face a quelqu' un pour lequel je n' existe plus. Et qui n' a aucune place dans ma vie actuelle.

J,ai une vie pleine de dignité, où on me respecte, dans ma vie professionnelle, dans ma vie personnelle, dans ma vie de parent. Je respecte les personnes qui m' entourent, je laisse mes enfants avoir leur propres terrains d expressions, tout en les respectant.

Et je n' ai aucune envie de me retrouver face a cette cicatrice.
Je fuis. oui.
Je recouvre cette cicatrice d un mouchoir.
Mais au moins, maintenant je sais qu' elle existe.





dimanche 17 septembre 2017

Je n' ai pas appris à tuer...

Aujourd'hui encore, cette petite dame, toute menue, 99 ans au compteur, qui me dit que le grand voyage approche, et que cela lui tarde de prendre un aller sans retour...

Aujourd'hui, encore, ce monsieur, entre deux ages, ni jeune, ni vieux, qui sait que la fin est à la porte, et qui me demande de le faire partir, sans souffrir. 

Aujourd'hui, encore, cette dame qui vient d 'apprendre que "le crabe" la ronge, et qui a peur... pour sa dignité, pour sa lucidité, pour ce qui arrive...

Et moi...

Au début de mes études d 'infirmière, la notion d 'éthique... était un vaste flou, qui ne m' intéressait guère. 
Ethique? pour quoi faire? 
hein? non mais attend moi je suis jeune, pas encore diplomée, et les problèmes de la vie des autres, les dégâts de la maladie, je les ai pas encore trop bien vu... pas connu ça moi encore...


Gerard, louis, Romy, Gilbert, Albertine, Sonia, Marie, Lucie, Elise, Henriette, Lucette, Albert...
Autant de prénoms, de patients, d' êtres humains, qui un jour, ont craint de perdre leur dignité, leur lucidité, leur capacité de choisir la fin qu'ils voulaient. 

Et moi... Maintenant, je suis maman, femme, j' ai accompagné tant de malades dans leurs derniers instants que j' ai arreté de les compter. J' ai tant pleuré que parfois je me demande si il est normal pour une infirmière d 'être aussi sensible...Et d 'un autre côté, mon dieu que je suis fière d 'avoir pu les accompagner, d' avoir pu les rassurer, d' avoir pu aider, juste par ma presence, au "lacher prise" de leurs âmes. Souvent je me surprend à me dire que c 'est une sorte de " cadeau" que me font les patients qui m' attendent pour partir. 

Et puis, alors que j' avale les kilomètres, de Alain à Raymonde, je me dis que cette question Ethique, est maintenant pour moi, l' une des questions les plus fondamentales de ma vie d 'infirmière. 
Et je me dis, même si tu voulais, les aider d 'une autre façon... le ferais tu?
Et je me demande si malgré ces moments privilégiés que nous partageons, d' humains à humains, d' âme à âme, cela me donne t il le droit d 'avoir ce pouvoir là sur la vie humaine? 

Et je me résigne... 
Non, 

Je n' ai pas appris à tuer. 

J' ai juste appris à aimer... envers et contre tout, et malgré les difficultés. mais aussi à rester " dans les clous".
J' ai juste appris à respecter les volontés de tous ceux que j' ai pu accompagner... j' ai appris la douceur, la patience, l' empathie. 
Mais pas à tuer. 

Même si la délivrance, la liberté de pouvoir choisir la manière dont on veux mourir est devenue pour moi une liberté humaine fondamentale. 
Je ne crois pas que je serais capable de pouvoir aider moi même à le faire. 
Je ne sais pas si je pourrais supporter le fardeau d 'avoir ce "pouvoir" dans les mains.

Je n' ai pas appris à tuer.


Et pourtant, il serait peut etre temps que cette liberté humaine soit reconnue...




samedi 16 septembre 2017

De la soit disant "charité" du parent adoptant...

Depuis maintenant 4 ans révolus que nous nous sommes lancés, Pommier et moi dans la longue procédure qu' est celle de l' adoption de notre troisième enfant, nombreux sont ceux qui nous disent " que vous êtes charitables", ou "c 'est beau ce que vous faites", ou "quelle belle action"...
Je ne sais pas ...
Mais ce genre de phrases me laissent un goût amer dans la bouche.
J' ai beaucoup de mal avec cette notion de Charité...

Et je me rend compte que pour la majeure partie du monde, le fait même d' adopter est un acte charitable, un acte humanitaire... UN ACTE HUMANITAIRE!!!!
Mais quand même!!! se rendent ils compte de l' atrocité qu' ils peuvent insidieusement mettre dans la tête des enfants adoptés? du poids sur leur epaules, et de l' annihilation de toute estime de soi qu' ils pourront un jour leur provoquer?

Un enfant n' est jamais un "pis aller", il n' est jamais un acte de charité.
Un enfant adopté ne devrait jamais ressentir  le sentiment de pitié dans les yeux de ceux qui l' entourent.

Adopter un enfant est un choix. oui un CHOIX. Comme il est du choix de chacun de vouloir devenir mere un jour.
Le recours a l' adoption lorsqu' on a choisi de vouloir devenir mère n' est, par contre, pas toujours un choix: c 'est sur. Apres des années de PMA infructueuses ( par exemple), nombreuses sont celles qui se tournent vers l' adoption car elles ne peuvent devenir meres "par le sang".
Mais il nous appartient toutes de vouloir, ou non, devenir mères.
Et lorsque nous nous tournons vers l' adoption, ce n' est jamais par simple dévotion, ou par acte caritatif, et encore moins humanitaire. ET C 'EST TANT MIEUX!
Nous nous tournons vers l' adoption car nous l' avons choisi. En toute connaissance de cause. Car nous désirons un jour un enfant. EN PREMIER LIEU PARCE QUE NOUS DÉSIRONS UN ENFANT... en non pour nous ouvrir les portes du paradis.
Nous nous tournons vers l' adoption car l' envie d un enfant, et/ou d 'une parentalité est plus forte que le reste.

Imaginez, ne serait ce qu' une minute, qu' un enfant grandisse en entendant sans cesse : " je t 'ai sauvé de la misère", " Et ta "vraie" mere, alors elle t ' a abandonnée, mon pauvre ", " qui sais ce que tu serais devenu sans moi".
Mais ALLO!
Non, etre parent d 'un enfant adopté, c 'est refuser ce regard de pitié que le commun des passants pourra porter sur notre enfant.
Etre parent adoptant, c 'est être bien conscient, que cet enfant, on l' a choisi. Et qu' il nous a choisi.
Que " l' univers entier a conspiré pour qu' on le trouve " ( l alchimiste, P. coelho).
Et, je pense sincèrement que cet enfant aura ete l' étoile de sa mère biologique, qui dans un don d ' elle même, très courageux, aura fait ce qu' elle pensait être le meilleur pour cet enfant.
L' acte de courage dans l' histoire d 'une adoption, n' est pas celui du parent adoptant, mais bien celui de la mère biologique, qui, au delà de toute imagination, aura su/pu rêver une autre vie pour son enfant.

Mon enfant n' aura pas besoin de votre charité, messieurs dames.
Il n' aura pas besoin de votre pitié non plus...
Je n' aurai moi même pas besoin que l' on me dise que je suis " courageuse", ou "charitable". Les portes du paradis ne s' ouvriront pas pour moi juste parce que j' ai adopté un enfant.
J' ai fait ce que je désirait faire. Je voulais etre maman , encore une fois.
Je voulais m' épanouir et regardant pousser un tresor, encore une fois.
Je voulais tenir par la main, encore, une petite menotte.
Je voulais encore des colliers de bras autour de mon cou.
Je voulais encore un enfant.
Ce n' est pas du "courage", ce n' est pas de la "pitié", ce n' est pas de la "charité".
C 'est juste un désir de maman.
Et cet enfant, qui me sera confié, n' aura pas besoin de pitié non plus, car il aura été choisi, par l' univers tout entier, un élu, un don d 'amour d' une mère a une autre.
Un cadeau de l' univers d 'une mère a une autre. Voila tout.

Je ne suis qu' une maman, qui n' aura pas porté son enfant dans son ventre, mais qui aura bien conscience du trésor qui lui sera confié, et de la grande tache qui lui sera confiée: être à la hauteur de la mère qui l' aura portée, et du don de soi qu' elle lui aura fait.




vendredi 24 mars 2017

Le cap.

Quand une mère se pose l' éternelle question de savoir si elle est une bonne mère, il est coutume de dire que le seul fait qu' elle se la pose fait d 'elle une bonne maman. Oui mais... et encore?

Il y a 10 ans, après un véritable choc dans ma vie conjugale, je pris mon enfant, mon tout petit, sous le bras, et nous nous reconstruisîmes. L' un autour de l' autre, l' un donnant la force à l 'autre.
Je n' ai jamais menti à mon fils, mon tout petit. 
J' ai toujours su trouver les mots, et j' ai toujours adapté l' histoire que je lui racontais avec des mots qu' il pouvait entendre et comprendre. 
J' ai toujours essayé de lui apporter un récit de ce que je pensai être le plus juste. Le bon comme le mauvais, mes atouts comme mes faiblesses, lui raconter, ce qu' est la joie, et ce qu' est la peine. 
J'ai toujours favorisé la connaissance à l' ignorance, et j' ai toujours répondu à ses questions. 
J' ai toujours respecté son identité, mon identité, notre passé, notre présent, afin de protéger notre futur. 

Ce futur j' y pensai, oui, je le regardais de là bas, et je me disais que la route allait être encore longue, et que les pavés que j' avais déposé au début du chemin nous assuraient une bonne tenue de route. 
Et nous avons tenu bon la barre, nous n' avons jamais quitté le chemin, tout les deux main dans la main. 

Aujourd'hui, quand je regarde derrière moi, je pense que je n' ai pas été un si mauvais capitaine. 
Je n' ai jamais fourvoyé mon petit matelot, et il me le rend bien, mon tout petit. 
Et, alors que la houle s 'annonce, et que la tempête gronde je me dis que, peut être, je ne m' étais pas assez bien préparée à ce futur qui est devenu mon présent. 
Mon petit matelot, est là, et je dois lui faire traverser cette houle, sans qu' il ne se noie. Je doit garder les yeux bien fixes sur notre cap, et rester telle que je l' ai toujours été. Ne jamais mentir, toujours raconter sa vérité, adapter le langage, lui montrer la joie, et la peine. 
Comme tout bon capitaine, les questions fusent, ne devrais je pas planter l' ancre, et attendre? Les pavés étaient ils assez lestés, assez lourds, pour nous faire tenir bon le cap? N' aurais je pas du prendre un autre chemin, ne lui montrer que la joie, ne lui montrer qu' un monde ou tout serait utopie?
Mais si je l' avais fait, la tempête s' avérerait peut être ( surement) plus rude encore! 
Alors non, finalement je me dis peut être qu' être maman c 'est aussi savoir leur faire confiance, et leur montrer le monde tel qu' il est, les gens tels qu' ils le sont, et les tempêtes telles qu' elles arrivent. 
Alors non, finalement je me dis peut être qu' être maman, c 'est aussi descendre a fond de cale et leur remonter un bon ciré jaune, et leur tenir la main quand ils affrontent la tempête avec nous. 

Aujourd’hui je me rend compte, que personne, non personne, ne pourra juger un jour mes qualités de mère. j' ai déjà affronté des tempêtes, et celle la ne me fait pas plus peur. Je tiendrai bon le cap, parce que je viens de comprendre, que personne d 'autre que moi ne peux le faire aussi bien que moi. 
Bien sur j' aurai aimé que mon matelot n' aie jamais a porter ce ciré jaune. Mais la vie est ainsi faite, de gens bien ou mal intentionnés, de retardataires de la vie qui chamboulent tout à leur arrivée sans se soucier des conséquences, de gens bons, de gens mauvais, et il fait partie des rôles du capitaine de montrer le chemin et de tenir bon face a la houle. 
J' espère juste que le ciré que je t ' aurai donné mon petit matelot, fera bien son office. 
J' espère juste que cette tempête fera de toi un matelot plus aguerri, et plus expérimenté dans les choses de la vie. 
J' espère juste qu' un jour tu comprendras, que toute ma vie, je l' ai passée a essayer d 'être la meilleure mère possible pour toi, et que toute ma vie, je n' ai voulu que le meilleur pour toi. J' espère juste qu' un jour tu comprendras que la vie n' est pas faite d 'utopies, et que malheureusement, même moi, ta maman, je ne pourrai pas te protéger de certaines choses personnes.
Mais, que la Vie m' en sois témoin, je te relèverai TOUJOURS de tes chutes, comme tu as su me relever des miennes il y a déjà 10 ans. Nous allons affronter la tempête ensemble mon matelot, a nous maintenir le cap et d' être fiers de qui nous sommes. 
A moi d 'être fière d 'être une bonne maman. 
A moi de ne craindre aucun jugement, aucun regrets. 
A moi de regarder loin devant, car, après la pluie viens toujours le beau temps!
Je t 'aime mon matelot.  

vendredi 10 mars 2017

La prise de Conscience

Depuis 4 ans maintenant, mon Pommier et moi attendons ce fameux jour, où nous irons chercher notre enfant venu d' ailleurs. 
Alors que personne dans notre entourage ne comprenait à l' époque les motivations que nous avions, amis, famille, connaissances, ont bien du se resigner au fait que nous allions aller chercher cet enfant. Qu'ils le comprennent ou pas. 
Nos amis, nos familles, ne comprendrons peut etre jamais ce projet, qui est le NOTRE. Et, même si je souhaiterai pouvoir crier a la face du monde les pourquois, je crois que je n' y arriverai pas. Les mots ne sortent pas, et je suis lassée des demandes de justifications. 
Alors, nous menons notre projet, et nous nous preparons. 
Depuis 4 ans maintenant, nous grandissons avec notre projet, comme pourrait grandir un foetus dans le ventre de sa mere. Jusqu' au jour où, bientot, nous serons les parents d' un enfant... special. 
Special? pourquoi? parce que cet enfant sera tout simplement un survivant, parce qu' il ne sera pas arrivé jusqu' a nous as hasard, parce qu' avec lui nous serons des parents speciaux, des parents adoptifs, des parents qui auront bien des obstacles a surmonter avant d' etre les adultes que cet enfant aimera. 
Depuis 4 ans, nous essayons d' expliquer, de faire comprendre, de faire prendre conscience de ce qu' implique l' adoption pour un enfant. 
Nous avons elargie notre culture de l' adoption, nous l' avons fait murir, nous y avons reflechi, nous avons grandi dans cette culture de l' adoption. 
Mais notre entourage? 
Mais nos amis?
Mais ceux qui ne comprennent toujours pas le pourquoi? Comment pourraient il comprendre le comment? 

Johanne Lemieux, est une psychotherapeute specialisee dans l' adoption, auteure de nombreux livres, dont " la normalité adoptive", que je conseille a tout le monde. 
Elle est une figure unique dans le monde de l' adoption, et possede ce don rare qu 'est l expressibilité des mots. 

J' ecris cet article aujourdhui pour tous ceux qui sont en train, vont, ou aimeraient adopter. 
J' ecris cet article aujourdhui pour tous ceux qui ont ou auront un jour dans leur vie a interagir avec un enfant qui aura fait l' objet d 'une adoption. 
J' ecris cet article pour que tous, vous compreniez, comment se construit un enfant en attente de parents, 

Merci Johanne Lemieux pour les mots qui vont suivre,  


"  Bonjour Grand-Papa, bonjour Grand-Maman

Je m’appelle ……….….. , j’ai …….… mois et je vis présentement à …….… . On ne se connait pas encore mais je sais que vous entendez parler de moi depuis très longtemps. Vous avez souffert en voyant mon futur papa et ma future maman m’espérer si longtemps. Vous pensiez que j’arriverai dans votre vie par une naissance et que nous aurions une filiation biologique. Maintenant, vous savez que je vais arriver par adoption et que nous aurons une filiation par le cœur.  
Comme vous vous en doutez, j’ai déjà vécu, à mon jeune âge, tout un destin ! Si ma vie avait été facile, je n’aurai pas eu besoin qu’on me trouve une nouvelle famille à l’autre bout du monde. C’est justement parce que j’ai déjà vécu de nombreuses épreuves que je souhaite que tout se passe le mieux possible lorsque je vais arriver dans la vie de mes nouveaux parents, et dans votre vie à vous aussi.
Une chose est certaine, mes grands parents auront besoin de vous avant, pendant et après mon arrivée car c’est un rôle nouveau et exigeant qu’ils auront à apprendre. Moi, je vais avoir besoin de vous pour le reste de ma vie, mais pas pendant les premiers mois... Je sais, c’est étrange. Une adoption, ce n’est pas tout à fait comme une naissance. Laissez moi vous expliquer pourquoi.
Dans le contexte d’une naissance, le bébé n’a pas encore vécu de mauvaises expériences lorsqu’il rencontre ses parents. Il connait sensoriellement sa maman biologique puis il va découvrir son papa puis vous doucement, tranquillement, par étapes.  Il ne vous viendrait pas à l’idée de vous imposer pour empêcher la maman de donner le sein ou de toujours remplacer le papa pour donner le biberon. Vous savez que pendant les premiers mois, le bébé a surtout besoin des soins de ses deux parents pour s’attacher solidement à eux avant de s’attacher solidement à vous par la suite.
Pour toutes sortes de raison complexes et qui ne sont pas de ma faute à moi. Je n’ai pas eu cette chance de rester physiquement, sensoriellementémotivement proche de ma maman et de mon papa. Ils ont disparu dans l’univers en me laissant en grand danger, à cause du choc physique et émotif de leur disparition. Oui, mon petit corps se souvient d’avoir eu peur, d’avoir été triste au point de ne plus vouloir vivre, au point de penser que je devais être un mauvais bébé, un bébé avec peu de valeur et d’importance pour qu’on arrête ainsi subitement de me protéger. J’étais bien trop petit pour comprendre que ce sont toujours des problèmes d’adultes qui causent des abandons, pas des défaut de l’enfant lui-même. Quand je serai plus grand, je vais pouvoir comprendre que ce n’est jamais jamais la faute des bébés lorsqu’ils sont abandonnés. Ce fut une grande épreuve mais j’y ai survécu. Car oui, je suis un survivant !  Vous savez, beaucoup de bébés humains se laissent mourir quand ils sont séparés de leur première maman. Pas moi ! Mais je ne savais pas que ce n’étais pas encore fini...
Ensuite, j’ai aussi dû survivre pendant des mois (ou des années) dans des conditions de vie difficiles. Les nounous à l’orphelinat (ou les membres de ma famille d’accueil) n’ont jamais pu donner tous les soins dont j’avais besoin :
1. Je n’ai pas mangé au moment où j’avais faim. J’ai dû attendre beaucoup et longtemps de ventre vide. La qualité de la nourriture  n’était pas non plus toujours au rendez-vous. Ma santé en est donc fragilisée.
2. Je n’ai pas été changé au moment où j’ai souillé ma couche. J’ai dû attendre avec des brûlures aux fesses et beaucoup d’inconfort. Cela a stressé mon corps inutilement.
3. Je n’ai pas été bercé pour m’endormir et personne ne m’a chanté des chansons. J’ai dû me bercer moi-même ou m’endormir d’épuisement plutôt que paisiblement.
4. Je n’ai pas été caressé, complimenté, chatouillé, encouragé à parler, à bouger, à marcher. Ce qui fait que je me suis beaucoup ennuyé. Je suis resté seul dans ma couchette presque toute la journée. Mon cerveau n’a pas eu la nourriture sensorielle, affective et cognitive nécessaire pour que mes neurones se connectent rapidement. Mon cerveau a pris du retard dans son développement.
5. Je n’ai pas été soigné immédiatement lorsque j’avais des coliques, des douleurs, des infections, des éruptions cutanées comme tous les petits bébés. J’ai dû me débrouiller tout seul, endurer en silence ou en pleurant jusqu’à l’épuisement ou jusqu’à ce que le sommeil me libère temporairement.
6. Comme personne ne m’a suffisamment protégé, j’ai sur-utilisé mes émotions de survie (colère, tristesse, peur) ce qui a nui au développement des autres fonctions de mon cerveau, celles qui existent pour apprendre que la vie est belle (joie, plaisir, désir).
7. Je ne me suis pas senti compétent, car quand je pleurais, personne ne me répondait, quand je voulais avoir des interdictions, personne ne s’occupait de moi. Je me sentais invisible. Mon estime de moi-même est donc fragile. Je ne suis pas certain d’avoir ma place dans l’univers.
8. Je n’ai pas développé mon langage, car personne n’a pris le temps de me parler, de me montrer le nom des objets ou de refléter mes émotions en les nommant.
9. Je n’ai pas été regardé dans les yeux avec amour, admiration, tendresse, fascination. Je n’ai pas appris à bien décoder les expressions du visage.

En écrivant cela, je ne veux absolument pas que vous ayez pitié de moi. Ce qui m’est arrivé est triste, injuste, mais je ne veux pas être vu comme une victime. Je veux être vu comme un survivant qui a plein de ressources. Je souhaite qu’on me regarde avec compassion pour tout le travail que j’aurai à faire afin de reprendre mon développement et avoir enfant un vie heureuse. Je suis résiliant mais cela ne suffira pas. J’aurai besoin de mes parents et de vous. Je veux que vous deveniez mes tuteurs de résilience. Comme on met un tuteur à un tournesol pour qu’il pousse bien vers le soleil, vous serez mes tuteurs pour pousser en beauté et en santé.
Votre compassion doit se porter surtout sur le fait que je n’ai été précieux, important, unique pour personne jusqu’à maintenant. Ce sera la blessure la plus douloureuse dont j’aurai à guérir. Bien plus que la malnutrition et la négligence. Je faisais partie d’un groupe d’enfant. Je n’étais pas un individu unique. Il y avait trop de nounous différentes, trop de changements de personnes dans ma vie. Je ne me suis jamais senti spécial, beau, intéressant et aimable parce que personne ne semblait aimer rester auprès de moi.
Plusieurs adultes m’ont donné des soins mais sans m’attacher à moi et sans que je m’attache à eux. Vous devez savoir que l’attachement n’a rien à voir avec l’amour. L’attachement c’est un lien fort, un lien permanent de sécurité, de confiance, de conviction, la conviction d’être tellement spécial pour quelqu’un qu’il ne vous quittera jamais. Lorsqu’un enfant est en relation d’attachement sécurisé avec son parent, il sait, il sait que son parent ne l’abandonnera jamais, qu’il répondra toujours à ses besoins et qu’il le protègera toujours des dangers. Le sentiment d’amour, pour un enfant, arrive dans son cœur et dans son âme après l’attachement comme on met une cerise sur le gâteau.
J’ai donc appris que j’étais petit, vulnérable, dépendant et que j’avais besoin d’un adulte pour survivre… De n’importe quel adulte. Ce qui sera le plus difficile et le plus important dans mon avenir c’est de réussir à faire confiance et à me sentir en sécurité avec mon nouveau papa et ma nouvelle maman. Le plus ardu sera d’abord de tisser avec eux un lien d’attachement solide et permanent alors que tous les autres lien que j’ai vécus ont été faibles et se sont coupés.  Tout mon être aura peur au début qu’eux aussi disparaissent, qu’eux aussi ne décodent pas mes besoins et n’y répondent pas de façon rapide, chaleureuse et prévisible, qu’eux aussi ne me voit pas comme spécial, unique, digne d’amour et d’investissement. Comment cela pourrait il en être autrement ? Jusqu’à mon adoption, je n’avais rien vécu d’autre ! J’ai appris avec courage à m’adapter, à m’ajuster mais pas à m’attacher.
Cela prendra du temps avant que je puisse me rassurer, reprendre des forces, m’attacher, m’accrocher à eux. Il faudra que ce soit eux seuls qui répondent à tous mes besoins de survie – me faire manger et boire, me consoler et me soigner- pendant plusieurs mois avant que je sois convaincu que c’est vrai, possible, réel et merveilleux. Cette étape m’est nécessaire avant de comprendre que je peux vraiment compter sur eux et qu’ils semblent vraiment aimer s’occuper de moi. Car l’attachement se tisse lorsqu’un enfant vit une détresse et que son parent apaise cette détresse. Cela devra se répéter des milliers de fois avant de s’imprimer dans mon cerveau pour toujours. 
Une fois que je serai rassuré, une fois que j’aurai senti et vécu ces liens apaisants, je pourrai confier ma vie, ma santé et ma sécurité à mes nouveaux parents. Je serai enfin disponible pour créer d’autres liens avec vous mes grands parents puis avec tous les membres de ma nouvelle famille.
Je sais que ce que je vous demande est difficile et très différent de vos espérances. Je sais aussi que vous avez vécu autrement l’arrivée de vos autres petits enfants. Vous trouverez pénible de ne pas pouvoir me cajoler, me câliner tout de suite. Cela vous demandera beaucoup de sacrifices. Vous devrez mettre vos besoins (bien légitimes pourtant) en pause pour quelques temps. .. pour  mieux reprendre ensuite, je vous le promets !
La meilleure façon de m’accueillir et de commencer à m’aier est de respecter le cocon physique et affectif dont papa et maman m’enveloppent. Plus je serai capable de fabriquer ce lien avec eux, plus je saurai ensuite comment le faire avec vous. Ce serait au dessus de mes forces de tisser quatre, cinq ou six liens en même temps. Cela ressemblerait tellement à ce que j’ai vécu en pré-adoption que je continuerai à entretenir des relations superficielles uniquement utilitaires pour le reste de ma vie. 
Il existe même un risque encore pire et très réel. Avec toutes vos années d’expérience comme parents, vous saurez très bien comment me consoler, me nourrir ou me faire boire. Vous saurez vous y prendre avec moi encore plus que mes nouveaux parents qui seront encore en apprentissage, nerveux, hésitants,  comme tous les nouveaux parents. Si vous prenez trop de place au début pour ne donner de base dont j’ai besoin, je risque de me sentir plus en confiance dans vos bras quand dans ceux de mon nouveau papa et de ma nouvelle maman. Il est donc possible que je crée un premier attachement plus solide avec vous qu’avec mes parents. Mais comme vous ne serez pas toujours là, je risque de me sentir abandonné de nouveau chaque fois que vous repartirez après une visite. Dès lors, je ne voudrai plus de mes  nouveaux parents et je continuerai à avoir des relations utilitaires avec eux, comme s’ils étaient d’autres nounous qui se rajoutaient à une liste déjà assez longue, rien de plus, rien de moins.
Imaginez le scenario catastrophe, avec toutes les meilleures tentatives du monde de votre part, avec votre désir de me connaître, de m’aimer, de me soigner, vous pourriez saboter le lien d’attachement que je dois tisser avec mes nouveaux parents et me faire souffrir à chacun de vos départs ?
Je sais que c’est la dernière chose que vous souhaitez.
Alors, comment pensez-vous m’être utile ? Comment commencerez-vous votre rôle de Papi et Mamie dès mon arrivée ? En prenant soin de mes parents.
En leur offrant de l’aide concrète, des petits plats, de l’aide pour les courses, le ménage…
En leur offrant une oreille attentive pour les écouter dans les juger et en leur disant que c’est normal de vouloir bien faire et de parfois échouer. En effet, que vous ayez adopté ou non vos enfants, vous êtes sûrement passés par là !
En respectant notre intimité totale durant les premiers jours. Puis en faisant de courtes visites pour jouer avec moi peut-être, mais pas tout de suite pour me soigner, me nourrir, me bercer ou me garder. Je vais ainsi me laisser apprivoiser pr vous, d’abord de loin comme le Petit Prince avec son renard mais sans compter sur vous pour ma survie, au moins au début.
En prenant des nouvelles de mes parents
En vous intéressant à la normalité adoptive
Puis quelques mois après l’adoption, quand mon Papa et ma Maman verront assez de signes d’attachement, ils auront besoin de répit.  YOUPI ! Et c’est à ce moment là que je me montrerai disponible pour m’attacher à vous. Vous pourrez venir me garder30 minutes, puis une heure puis deux heures pendant lesquelles vous pourrez enfin me bercer, me nourrir, me chatouiller, me chanter des chansons, jouer avec moi, me consoler, me coucher.
Vous savez, pour grandir en beauté, en santé, pour apprendre à m’aimer moi-même puis pour apprendre à aimer la vie, j’aurai besoin de vous et de toute la famille. Pas tout de suite, un peu plus tard, seulement, mais pour toujours.
Donnez-moi d’abord le temps de réparer  mes blessures d’attachement avec mes deux parents. Vous m’avez attendu pendant plusieurs années. Est-ce trop de vous demander encore trois ou quatre mois ? Notre nouvelle relation en sera encore plus belle, plus forte et plus utile pour vous et pour moi.
Je  vous remercie déjà car je sais que vous me comprenez mieux maintenant.
Je compte sur votre expérience et votre sagesse durement acquise pour soutenir mes parents dans leur nouveau rôle.
J’ai très hâte de vous connaître Il parait que lorsqu’on est prêt, avoir des grands-parents qui nous aiment et qui nous gâtent est une chose unique, spéciale et formidable !

---------------------------------, votre petit enfant"



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